LA PAROISSE‎ > ‎

Bulletin paroissial

Dimanche 22 Novembre 2020

Sermon du Père Jacques Wersinger


L’Evangile de la fin du monde 

L’évangile de ce dimanche est spectaculaire. On a souvent sculpté ou peint le « jugement dernier » sur les façades des cathédrales. On connait peut- être celui de la Chapelle sixtine par Michel Ange, par exemple, ou celui de Conques, de Bourges, des Hospices de Beaune etc. Dans l‘évangile de saint Mathieu, il complète les paraboles des jeunes filles de la noce et des serviteurs du maitre.

 Cette parabole apporte deux éléments. On sait déjà que la provision d’huile pour leur lampe et les talents confiés par le maître augmentaient par les bonnes œuvres. Jésus donne ici une précision supplémentaire. L’Epoux, le Propriétaire, c’est le Seigneur qui de manière invisible, nous rencontrons. Il nous donne, à travers la rencontre ceux qui ont besoin d’aide, l’occasion d’augmenter huile pour éclairer la fête, de multiplier le talent confié pour entrer dans la joie du Seigneur. Par ailleurs, à la différence des deux premières paraboles, les gens sont conscients de leur responsabilité. Les jeunes filles savent qu’elles doivent éclairer le chemin de l’Epoux, les serviteurs savent qu’ils doivent augmenter la fortune du maître. Ici, des gens découvrent qu’ils ont fait exactement ce que le Seigneur attendait d’eux sans même le savoir. Et inversement, bien entendu ! 


La peur de l’enfer ou l’amour de l’autre ? 

Cet évangile pourrait sembler très dur. On a souvent reproché à l’Eglise de faire peur aux gens avec l’enfer. Si Dieu est amour et miséricorde, peut-on imaginer qu’il prenne plaisir à faire souffrir même le pire des hommes ? Comment est-ce possible ? Réfléchissons un peu à cela… Tout d’abord, il ne faut pas tirer de conclusion trop rapide sur ce qui nous attend au jour de la résurrection. C’est une image destinée à nous faire réfléchir à nos comportements. 

Ici Jésus semble dire que le bonheur ou la souffrance éternelle se jouent sur le verre d’eau offert ou refusé. Or je suis certain que chacun de nous a, d’une façon ou d’une autre, offert et aussi refusé au moins un verre d’eau dans sa vie… Bien entendu, nous ne rencontrons pas tous régulièrement des gens visiblement prisonnier, affamés, démunis ou malades. Ceci arrive facilement si vous êtes médecin, si vous habitez près d’un centre d’accueil de réfugiés, si un SDF frappe à la porte. Mais si j’habite la campagne, c’est plus rare ! Mais ceci peut être aussi bien un besoin spirituel autant que matériel… Jésus avait dit que l’homme ne vit pas seulement de pain ! Il y a aussi la faim de rencontre et d’échange, la faim d’amitié, la faim d’espérance. On peut être très riche et avoir soif d’une véritable amitié ! On peut être prisonnier dans sa tête, etc. Il n’y a pas besoin d’être dans des situations exceptionnelles pour donner quelque chose… Même si on pense n’avoir pas grand-chose à donner. Il y a des malades qui remontent le moral des soignants, des pauvres qui aident des riches à ne pas être prisonniers de l’argent. Cela marche dans tous les sens. Chacun, sans exception, a une sorte de verre d’eau qu’il peut offrir… Et chacun bien entendu, a aussi besoin qu’on lui offre un verre d’eau ! Parfois, un simple téléphone est l’outil idéal pour partager quelque chose avec celui, celle qui a besoin d’un peu de chaleur humaine. La condition, c’est d’avoir le cœur ouvert, d’avoir envie de donner quelque chose. Donc faisons confiance à Dieu sans nous effrayer trop vite.

















Dimanche 15 novembre 2020

Sermon du père Jacques Wersinger

Le dimanche des pauvres et des exclus… Notre dimanche

Ce dimanche, « dimanche des pauvres et des exclus » voulu par le pape, est un peu notre dimanche. D’abord la crise sanitaire nous fait sentir davantage notre fragilité et contribue à développer chez beaucoup un sentiment d’exclusion, d’isolement, de grande pauvreté et d’inquiétude du lendemain. Mais indépendamment de toute crise, nous sommes spirituellement des mendiants qui ne subsistons que grâce au pain que Dieu nous donne. De plus, matériellement, nous ne consommons pas nos propres richesses : nous dépendons de ce que la nature nous offre et de ce dont nous avons hérité.

En ce dimanche particulièrement centré sur « les pauvres et les exclus », reconnaissons donc nos misères et pauvretés. Reconnaissons aussi nos richesses mutuelles, celles que nous pouvons accueillir et celles que nous pouvons offrir. En effet, le Pape François, dans l’encyclique, Fratelli tutti, suggère que dans les relations individuelles, mais aussi entre communautés humaines et même entre sensibilités politiques et entre états, nous remplacions la logique du donnant-donnant, du marchandage et du contrat par la logique de la fraternité, qui se soucie du bien et du respect de l’autre – personne ou peuple – autant que de soi-même. Ainsi construit-on un enrichissement humain non en absorbant l’autre ou en l’ignorant, mais en créant cette alliance dont le mariage est le plus bel exemple. 

Il ne s’agit donc pas de donner un peu ou beaucoup de ce qui m’appartient à des étrangers, des pauvres des exclus, mais de partager mon pain avec mes frères et d’accepter le pain qu’ils m’offrent. Sans cet échange, sans la certitude que l’autre lui aussi m’apporte quelque chose de précieux, je serais moi-même dans la misère, quelles que soient mes richesses financières ou culturelles, car il n’est pas de pire misère que l’isolement, dans ma chambre forte ou dans mes idées. On peut être dix milliards côte à côte, chacun muré dans sa méfiance, enfermé dans son clan et le repli sur son droit et ses possessions, ne cherchant que l’identique, craignant de perdre ou d’accueillir ce qui est pourtant fait pour offrir. Prenons modèle sur Dieu. Lui la source gratuite de milliards de soleils ou de grains de sable et qui accueille pourtant avec joie l’offrande d’un simple verre d’eau.

Des serviteurs gestionnaires des biens du maître

L’évangile du jour, l’évangile des « talents », évoque des affaires financières… On remarque la grande liberté et la confiance accordées aux serviteurs. Il n’y a aucune consigne. On apprend seulement que les serviteurs connaissent leur maître. Ils savent qu’il attend d’eux que, d’une manière ou d’une autre, ils augmentent ce qu’ils ont reçu en dépôt. Ce sont donc les gestionnaires d’un véritable trésor puisqu’un talent d’or, 25 kg, fait plus d’un million d’euros. Comment les deux premiers ont-ils multiplié la somme confiée ? L’histoire ne le dit pas car Jésus ne veut pas faire un cours d’économie mais pointer du doigt des attitudes spirituelles. Ainsi le troisième serviteur s’estime irréprochable puisque la petite fortune est rendue intacte. Or les talents n’étaient pas donnés en cadeau ou en reconnaissance des mérites de ce serviteur, mais confiés pour les faire fructifier. D’où le reproche du maître. C’est le péché par omission : Tu n’as rien fait ! Le même reproche, que lors du Jugement dernier : chaque fois que vous ne l’avez pas fait… c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. Ceci nous mène à réfléchir à la nature du trésor confié et la manière de le faire fructifier. 

Le trésor confié

On comprend parfois cette parabole comme une invitation à développer nos talents personnels, nos capacités, nos goûts et aptitudes. En fait, ce n’est pas cela. Le maitre connait les dons naturels de ses serviteurs, qui ne sont pas identiques, et confie à chacun « selon ses capacités ». Il attend d’eux qu’ils mettent leurs capacités à son service, pour développer le trésor qu’il leur confie. Je peux avoir un talent pour le dessin, les mathématiques, être patient ou impulsif, poète ou cartésien, plus ou moins doué pour la parole. Mais la mission reçue n’est pas de développer les talents naturels pour les sciences, arts et techniques, mais de mettre ces compétences au service de ce que le maître a confié. Mais en quoi consistent donc les Talents confiés, s’ils ne sont pas mes dons naturels ? 

Le trésor, c’est celui de la foi, de l’espérance et de la charité. Car la plus grande misère est de de ne croire en rien, de ne rien espérer, de n’avoir rien à partager. Tel est le trésor que le Christ confie à son église et qu’il faut faire fructifier. Nous n’avons pas tous la foi, l’espérance et la charité au même degrés ni de même manière : à chacun selon ses capacités. Mais Il ne m’est pas demandé d’avoir plus de foi, d’espérance et de charité pour ma « consommation personnelle », pour me sentir plus proche de Dieu. Je les ai pour les faire fructifier. Et ce n’est ni par des exercices de méditation, ni par des cours de théologie que ce trésor augmente. Je l’enterre dans le jardin s’il ne me sert qu’à développer ma paix intérieure personnelle, ma « zen attitude » ! Il ne se développe que si on le partage, si on le fait circuler. Sinon je me retrouverai moi-même dépouillé de ce que je croyais avoir, sans foi, sans espérance, sans charité, plus misérable que les pauvres vers lesquels Dieu m’envoie. 

Un placement au centuple

Ailleurs dans l’évangile, Jésus donne les indications pour faire un placement « au centuple » : semer largement la bonne parole, qui rapportera jusqu’à trente, cinquante ou cent pour un quand la terre est bonne ; partager les cinq pains et les trois poissons même si ce n’est pas grand-chose au départ. C’est un bon placement, puisque les trois pains deviennent sept corbeilles. Jésus assurait encore que celui qui ose tout quitter pour l’évangile recevra à la fois beaucoup plus dès maintenant « et la vie éternelle »… (Mc 10). Et Paul écrivait à son ami Timothée Les riches de ce monde…. … Qu’ils fassent du bien et deviennent riche du bien qu’ils font, qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie… (1Tim 6, 18

Que Dieu nous donne de mettre nos aptitudes personnelles au service du trésor qu’il nous confie. De sorte que la foi, l’espérance et la charité répandues en nos cœurs ne soient pas improductives. C’est en ce sens que nous pouvons saluer tout particulièrement l’engagement du Secours catholique, à qui nous associons bien volontiers tous ceux et celles, croyants ou non, qui œuvrent pour davantage de fraternité active. Les énergies, l’intelligence, le temps, l’argent y sont converties en trésor pour la joie éternelle de notre maître à tous. 











Dimanche 8 novembre 2020

La parabole des jeunes insouciantes 

ou prévoyantes


La Bible raconte ce que Dieu attend des hommes, et comment les humains se comportent envers Dieu et entre eux. Elle est pour nous « la parole de Dieu ». Mais la parole de Dieu n’est pas toujours facile à comprendre. Ce n’est pas étonnant. Quand on se parle, il faut parfois préciser ce qu’on veut « vraiment dire » : on ne comprend pas tout du premier coup ! Il faut quelques explications.

 Aujourd’hui Jésus raconte à ses disciples une petite histoire. Écoutons-le avec ses oreilles, mais aussi avec l’intelligence et le cœur. En effet, pour vraiment accueillir cette histoire comme la Parole de Dieu, il faut faire confiance à Jésus, et se dire qu’elle est importante pour nous aujourd’hui : c’est bien plus qu’une histoire dans la Bible. C’est notre guide pour trouver le bonheur.

 Écouter la Parole de Dieu 

Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l'époux. Cinq d'entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d'huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d'huile. Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre ». Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. » Les prévoyantes leur répondirent : « Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter ». Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !» Il leur répondit : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.» Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. (Matthieu 25)

Comprendre la Parabole

A plusieurs moments Jésus va insister sur l’importance de « veiller ». Il prendra plusieurs images : le maître parti en voyage qui revient sans prévenir en pleine nuit, ou cette noce où le marié se fait attendre. C’est la même idée : il va se passer un long moment pendant lequel nous sommes seuls, « livrés à nous-mêmes », avant que le Seigneur arrive. Pendant ce temps, on peut être prévoyant ou imprévoyant. Tout préparer pour que la rencontre soit belle, ou se comporter comme si le maître ne devait jamais revenir… Chacune des paraboles ajoute cependant une touche particulière

Ici, le message est clair : « il faut être prêt », il faut être prévoyant, et ce n’est pas au dernier moment qu’on peut se préparer : c’est trop tard. Ce n’est pas au moment où tu as envie de lire un livre qu’il faut commencer à apprendre à lire. Jésus dit cela sous forme d’une « parabole » comparable à un conte, une fable, une image, parce qu’il essaie de nous faire comprendre des choses souvent très simples, mais pas facile à expliquer avec des mots, et qu’une histoire, une comparaison est plus facile à retenir. On le fait souvent nous aussi. Par exemple, pour essayer de dire tout l’amour qu’on a pour quelqu’un, on dessine un cœur, on dit que quelqu’un est « un vrai lion », etc.

Cette histoire fait penser à « La cigale et la fourmi » de La Fontaine. La cigale n’avait rien prévu et la fourmi ne lui a rien prêté. Mais il y a une différence. Dans la parabole, celles qui ne veulent pas partager ne le font pas par égoïsme, mais parce que ce n’est pas possible : il n’y en a pas assez. L’histoire n’est vraiment pas compliquée, mais est-elle facile à comprendre ? En effet une parabole ne dit pas tout. L’histoire comporte bien des mystères. Qui est l’époux ? Pourquoi arrive-t-il si tard ? Qui sont ces jeunes filles ? Pourquoi sortir la nuit ? Pourquoi s’endorment-elles ? Pourquoi les lampes ont-elles tant d’importance ? Pourquoi être si dur avec les imprévoyantes ? Qui est la mariée ? Enfin, pourquoi Jésus demande de veiller, si de toute façon on finira par s’endormir ? C’est étrange, mais ce sont justement les choses « bizarres » des paraboles qui aident à prendre ce que Jésus veut dire. La parabole est comme un coffre-fort : on sait qu’il y a des choses précieuses dedans… Mais il faut des « clés » pour ouvrir le coffre-fort.
























 





Dieu n’est qu’amour.

Cependant, il reste quand même dans la parabole une sorte de séparation radicale entre ceux qui vont au paradis et ceux qui en sont rejetés. Comment cela peut-il s’accorder avec le conseil de Jésus de pardonner 70 fois 7 fois ! Lui qui ne vient pas pour condamner mais pour sauver. Pour mieux comprendre, il faut se rappeler qui est Dieu, et ce qu’est la Vie éternelle qu’il nous propose.

Dieu est amour et il ne peut rien offrir d’autre que ce qu’il est ! Il ne peut donner que de la vie fondée sur l’amour généreux. Et c’est cela le problème : certains ne peuvent pas accueillir cela ! Dans la parabole, les premiers ont agi sans se soucier de savoir s’ils servaient Dieu ou pas ! Ils ont vu quelqu’un en détresse, et l’ont aidé. Les autres l’auraient fait, s’ils avaient su que c’était le Seigneur, c’est-à-dire s’ils avaient su qu’ils risquaient une récompense ou une sanction. C’est pour cela qu’ils se ferment les portes du Ciel. C’est bien la gratuité du geste qui va faire entrer dans la Vie éternelle… Ceux qui ne font le bien que lorsqu’ils pensent que cela leur fait gagner des points de vie, comme dans les « quêtes » des jeux vidéo, ceux-ci ne peuvent pas entrer dans la joie du Seigneur, parce qu’ils ne voient que leur intérêt. Or l’amour ne se soucie pas de son intérêt, mais de celui de l’autre. 

Certains ne veulent pas aimer, mais seulement être aimés ! Or le paradis, la Vie éternelle, ce n’est pas d’être aimé ! C’est d’aimer comme Dieu aime. Aimer, comme disait Thérèse de Lisieux, « c’est tout donner et se donner soi-même ». L’amour est gratuit, généreux, attentif. Dieu peut aimer le pire des assassins du plus profond amour… Cela ne sert à rien si celui-ci n’accepte pas de répondre à cet amour en aimant à son tour. On peut aimer quelqu’un, mais cette personne reste encore étrangère à l’amour tant qu’elle ne fait que consommer de l’amour, comme ces vampires qui se nourrissent de la force vitale des vivants. Celui qui donne quelque chose de lui-même par amour de l’autre, gratuitement, est comme « accordé » au Seigneur. Sinon, si nous restons de pierre, durs, insensibles, si nous ne répondons pas à l’amour par l’amour, rien n’est possible Et c’est cela le jugement. Quand constamment on a refusé d’entrer dans cet amour qui accepte de donner, au moins une miette de son temps, de son attention, de sa richesse à l’autre, alors on ne peut pas s’accorder à Dieu. Parce qu’il n’y a pas de place en nous pour cet amour. Sans doute on voudrait être aimé, accueilli, pardonné, mais ce n’est pas cela que Dieu nous propose. Il nous propose sa vie, son cœur, sa manière de voir, son esprit. Dieu veut nous rendre sensibles. Comme lui. 

Si j’avais su ! 

Il y a une manière de comprendre cet évangile qui risque de nous éloigner du Seigneur. C’est de dire « si j’avais su ! « Si j’avais su que c’était le Seigneur qui se cachait dans cet homme, cette femme, cet enfant en détresse, je l’aurai aidé. Comme ces gens qui ne disent pas bonjour, et tout à coup se font tout aimables quand ils apprennent que cette personne apparemment toute ordinaire, c’est une personne importante, qui pourrait leur être utile ou leur causer des problèmes. Or justement, c’est ce que Dieu ne veut pas. Il n’a pas besoin de notre aide, Lui la source de tout ! Dieu ne veut pas que notre charité soit conditionnée par le fait qu’on sait qu’on « aide » Dieu. La condition pour que ça marche, pour que ça ait de la valeur et du sens, c’est que le geste d’aide fraternelle soit vraiment gratuit. Que ce soit par bonté de cœur et non par calcul. 

Et c’est cela le jugement. Quand on refuse d’entrer dans cet amour qui accepte de donner alors on ne peut pas accueillir Dieu en soi. Sans doute on voudrait être aimé, accueilli, pardonné, mais si nous ne voulons pas entrer dans les mêmes sentiments que Jésus, nous construisons déjà notre petit enfer personnel, réclamant éternellement un amour et une vie dont on n’a pas compris la véritable nature. Pour prendre une image, pensons à ces gens invits à une fête, un anniversaire, et qui restent dans leur coin a faire la tête par égoïsme envie ou jalousie. Ils pourraient être heureux en s’associant à la joie des autres, mais plus ceux-ci sont joyeux, plus ça les énerve, plus ils brûlent de colère

Dieu nous propose sa vie, son cœur, sa manière de voir. Il nous propose son esprit. Dieu veut nous rendre sensible. Les premiers ont agi sans se soucier de savoir s’ils servaient Dieu ou pas ! Ils ont vu quelqu’un en détresse, et l’ont aidé. Les autres l’auraient fait, s’ils avaient su que c’était le seigneur, c’est-à-dire s’ils avaient su que qu’ils risquaient une récompense ou une sanction. C’est bien la gratuité du geste, la bonté qui agit sans calcul qui fait entrer dans la Vie éternelle….






Dimanche 15 novembre

Sermon du père Jacques Wersinger 

pour les jeunes


Les talents. 

Si vous ouvrez l’évangile selon saint Mathieu, vous verrez que depuis le début du chapitre 24 Jésus prend des paraboles plutôt inquiétantes pour parler du futur. En fait Les disciples trouvaient que le Temple de Dieu à Jérusalem était magnifique… Mais Jésus, qui sait que le vrai temple de Dieu, c’est notre corps, calme vite leur enthousiasme : il leur répond que le magnifique Temple qui vient d’être refait à neuf, va disparaître. Les disciples s’inquiètent : quand cela va-t-il arriver ? 

Jésus donne alors des avertissements avec plusieurs image plusieurs paraboles, qui prennent deux chapitres entiers de l’évangile. Elles parlent du départ et du retour de Jésus et se terminent par ce Jugement dernier, où chacun est étonné d’avoir rencontré Jésus sans le reconnaitre sous l’apparence du pauvre ou du malade. Mais ceci est une autre histoire. 

Pourquoi Jésus prend-il le temps de développer si longuement les images de la fin du monde ? En réalité il parle surtout de ce qui se passe avant la fin du monde ! Ceci répond à un problème facile à comprendre : si tout va disparaître un jour, si Jésus va revenir tout régler et installer définitivement le royaume de Dieu, alors à quoi bon essayer de faire quelque chose de beau de notre monde qui va disparaître? Les uns sont alors tentés de vivre de façon égoïste, en consommant le plus possible, les autres sont en déprime, ou passent leur temps à prier Dieu en attendant le ciel… Comment se comporter en vrai disciple du Christ, en vrai chrétien ?

Une première réponse, c’est qu’il faut être prêt. L’histoire des jeunes filles insouciantes ou prévoyantes, Dimanche dernier, nous invitait à être prévoyants pendant toute notre vie, car l’attente de la rencontre de Jésus peut être plus longue que prévu. On savait aussi que l’huile qui fera briller la lampe de notre cœur, ce sont nos bonnes actions.

Les talents

Aujourd’hui Jésus prend une autre parabole, un autre exemple : un maître qui part en voyage et confie la maison à ses serviteurs. Il leur distribue des « talents ». Aujourd’hui « avoir du talent », c’est être doué pour quelque chose. Mais à l’époque, un talent, c’est un poids. Un talent d’or fait environ 26 kg. 1gramme d’or coûte à peu près 50 euros, ça fait environ 1 300 000 euros. Donc le maître remet à chacun une somme très importante, mais différente selon les capacités de chacun : un, trois ou cinq talents : une fortune ! Quand il revient, les deux qui avaient reçu trois et cinq talents ont travaillé et la somme a doublé. Le maitre est ravi et promet de leur confier encore plus de responsabilités. Mais le dernier, qui avait pourtant le moins de choses à gérer, enterre l’argent et se contente d’attendre le retour du maître. Furieux celui-ci lui fait remarquer qu’il aurait bien pu se douter qu’il ne lui avait pas confié cette somme pour l’enterrer. Il aurait au moins pu faire l’effort de la mettre à la banque ou avoir des intérêts. Furieux, il le jette dehors 

Comme dimanche dernier, la parabole commence bien – un cortège de noce, des serviteurs à qui on fait confiance pour des choses importantes ; mais elle se termine de façon un peu triste : le serviteur paresseux, les jeunes filles imprévoyantes se retrouvent dehors dans la nuit. Le but de Jésus n’est pas de nous faire peur, mais de nous faire réfléchir. Comment est-ce que nous développons nos talents. Est-ce que nous croyons que c’est un don de Dieu ou est-ce que nous sommes guidés par l’égoïsme, la peur, le confort personnel et la paresse… ? Le maitre invite à réfléchir… Nous savons qu’il attend quelque chose de chacun, et que nous avons des talents… 

Une ou deux difficultés 

Souvent on s’étonne que le Maître ne donne pas la même chose à chacun. Mais notons deux choses. D’abord, « pas beaucoup » c’est quand même très important. Ensuite, ce n’est pas comme le partage d’un héritage. Le but n’est pas de répondre aux besoins des serviteurs, mais de tenir compte de leurs capacités. En fait, le maître ne serait pas juste s’il donnait la même chose à chacun, puisque certains seraient incapables de s’en occuper. Ce n’est pas vraiment une chance quand on reçoit une mission trop importante. La suite de l’histoire montre la sagesse du Maître : celui qui avait le moins à faire n’a rien fait du tout ! 

On peut trouver que ce maître, qui jette son serviteur dehors, est dur ! Mais remarquons que le maître ne reproche pas à son serviteur d’être moins doué que les autres, de ne pas avoir réussi à doubler la somme. Cela, il le savait d‘avance ! C’est sans doute la raison pour laquelle il lui confie moins d’argent. Mais il lui reproche d’avoir imaginé qu’on lui confiait quelque chose pour ne rien en faire. Le maître aurait pu lui-même enterrer l’argent, si c’était le but. 

Aujourd’hui un « talent » signifie une aptitude personnelle pour le dessin, pour la cuisine, pour un sport, pour le jardin, etc. Bref, un domaine dans lequel on réussit particulièrement. Certains semblent même être doués pour beaucoup de choses. D’autres au contraire se disent qu’ils n’ont aucun talent, qu’ils ne sont doués pour rien…. OU qu’ils n’ont pas eu l’occasion de développer leurs talents. Certains se rappellent peut-être la chanson : « j’aurais voulu être un artiste » chantée par un homme d’affaire… Bref, il y a ceux qui voudraient vivre mille vies pour développer tous leurs talents, et ceux qui regrettent de n’être pas doués, ou de ne pas avoir pu développer leurs talents. Mais ce n’est pas de ce genre de talent que parle Jésus…

Il faut donc chercher à comprendre la volonté du maître, et quels sont les talents en question 

Qui sont les personnages

Qui est le maître ? Dans cette parabole, c’est Jésus Christ. Il s’adresse à ses disciples. 

Dans la communauté chrétienne, certains étaient parfois jaloux de ceux qui semblaient avoir plus de responsabilités. D’autres avaient tendance à ne rien faire. Ils avaient tous reçu le trésor de la Bonne nouvelle, un trésor de foi, d’espérance et de charité, une règle de vie capable de changer l’existence… Et ils n’en faisaient rien… Ils étaient sans doute heureux de savoir que Dieu est bon et que Jésus leur donnait son esprit de sainteté et l’espérance du Paradis. Mais c’était tout. Cela ne changeait rien dans leurs relations 

La parabole répond à ceci : si tous n’ont pas les mêmes talents, il est inutile de jalouser les autres. Il vaut mieux développer ce que nous avons reçus. Quant à l’idée qu’il suffirait de ne pas faire de bêtise et de se tenir tranquille, pas question. Ce que nous avons reçu, c’est pour le développer. C’est pour cela que le maître a confié ses richesses à ses serviteurs…

Qu’est-ce que je peux en retirer pour ma vie ????

  1. Une première conclusion : il faut développer nos talents, sans se comporter comme si nous en étions les propriétaires… Il faut être dynamique..., pas statique. 

  2. Une seconde conclusion : si j’ai le sentiment d’avoir moins reçu que les autres, qu’on m’a confié une plus petite responsabilité ou que je suis moins doué, ce n’est pas une excuse pour ne rien faire.

  3. Une troisième conclusion. La peur de mal faire ne doit pas nous paralyser. Au besoin, savoir se faire aider. Dieu nous a donné une intelligence, servons-nous-en. Si tu n’es pas doué, disait le Maître, alors mets au moins ce talent à la banque, qui saura le développer un peu. C’est mieux que de l’enterrer. 

  4. Une quatrième conclusion, moins évidente : j’ai des comptes à rendre. Car ce ne sont pas mes propres talents que je dois développer, mais ceux que Dieu me donne. Or ce ne sont pas mes facultés naturelles, mes envies. Le message de l’évangile n’est surement pas que celui qui sait sauter à la corde doit sauter le plus haut possible, ou que celui qui est doué pour amasser de l’argent doit en amasser le plus possible. Les talents sont ce que le Christ va confier à ses apôtres

  5. Les talents que Jésus leur a confiés sont contenus dans les évangiles, les béatitudes. Aider les gens à se relever, à voir plus clair, à ne pas se sentir impurs et lépreux, à oser parler, à savoir écouter : voilà les talents qu’il faut faire fructifier. 















































































Pour ouvrir le coffre, prenons des clés. D’abord qui est l’époux : dans l’Évangile, l’époux, c’est Jésus. C’est comme cela que l’appelle son cousin Jean-Baptiste devant ses disciples. Jésus aime chacun aussi fort qu’un époux aime son épouse. Et le Paradis, à la résurrection, est comparé à un festin de noces.  La nuit est parfois comparée aux difficultés, quand on ne voit plus quoi faire. Le sommeil est une image de la mort. On dit encore « il s’est endormi dans la mort… Qu’il repose en paix ». Quand son ami Lazare était mort Jésus avait dit « il s’est endormi ». Les jeunes filles sont les disciples, chargés de préparer sa venue dans le cœur des hommes. Enfin, l’huile et la lumière, ce sont nos bonnes actions. On disait autrefois « nos bonnes œuvres ». Jésus disait « que votre lumière brille devant les hommes… En voyant vos bonnes actions, ils béniront Dieu ».

Jésus voulait préparer ses disciples à ne pas l’attendre trop vite après sa résurrection et son départ vers le Ciel. Puisqu’il avait dit qu’il reviendrait, certains pensaient que Jésus allait revenir sur terre dans quelques semaines, quelques mois ou quelques années. Certains se contentaient donc d’attendre, se décourageaient, ou trouvaient qu’ils en avaient assez fait et qu’ils avaient gagné leur place au Ciel. D’autres continuaient inlassablement à faire le bien, jusqu’à leur mort. « Veiller », ce n’est pas attendre assis sur une chaise, en luttant contre le sommeil ! C’est se préparer activement

Tous les disciples se sont endormis dans le sommeil de la mort sans avoir vu venir Jésus. C’est à la résurrection, en se réveillant de la mort, qu’ils le verront enfin et pourront faire une fête, comme un immense repas de noce. Mais ceux qui se sont fatigués de faire des bonnes œuvres et qui avaient passé leur temps a attendre le nez en l’air seront peut-être moins bien accueillis que les autres.

Actualiser et vivre la Parabole

Le plus important pour nous, c’est d’actualiser, de digérer cette histoire car les jeunes filles prévoyantes ou insouciantes, c’est aussi nous. Quand je fais preuve de justice, de partage, de charité, de pardon, je fais des réserves d’huile pour que la lumière de ma vie brille devant le Seigneur, quand j’irais à sa rencontrer pour entrer dans la salle des noces, au Paradis. Si je compte sur les autres pour faire le bien à ma place, ça ne marche pas. La vie éternelle se prépare maintenant. Ça demande de la patience, du courage et de la persévérance. A chacun de voir comment cela peut guider sa vie. 

Alors, suis-je comme ces jeunes filles insouciantes, un peu fofolles, qui comptent toujours sur els autres pour arranger les problèmes ? Ou comme ces jeunes filles prudentes, qui amassent des trésors de bonnes actions ? Ça dépend peut-être des jours. Il faut faire confiance à Dieu, et le prier de nous donner la force de ne pas nous décourager. Il y a une parole de la Bible qui dit « je dors mais mon cœur veille ». Cela peut guider notre prière.

Seigneur, quand notre esprit et notre corps sont fatigués, quand nos yeux se ferment, que notre cœur reste attentif, prêt à se réveiller quand nous seront appelés à nous rencontrer. Et que l’huile de la bonté ne manque jamais dans la lampe de ma vie. Amen.

P. Jacques Wersinger