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Homélies


 Dimanche 9 mai 2021 : Homélie du sixième dimanche de Pâques

L’évangile et la première lecture parlent d’amour. Cela devrait nous plaire, car on est tous d’accord, comme la quasi-totalité de l’humanité, que l’amour est essentiel. Pourtant beaucoup ne croient pas ou ne croient plus en l’amour… Peut-être parce qu’ils en ont manqué, ou qu’ils en attendaient trop, ou le confondait avec autre chose. La révélation que nous apporte le Seigneur concerne précisément la nature de l’amour. Sa mission est de nous apprendre à aimer, et à aimer « comme Dieu », parce que nous sommes faits image de Dieu, et que bien ne nous ne sachions pas bien aimer, tout notre être nous pousse à aimer. Et c’est sans doute le grand drame de l’Humanité, depuis la nuit des temps : cet écart entre le mouvement profond de notre être, qui est fait par amour et pour aimer, et notre existence quotidienne, marquée par la grande difficulté de savoir aimer, que ce soit en couple, en famille, en Eglise, et dans la société entière. 

Or non seulement Jésus vient nous dire que l’amour est essentiel, puisqu’il y consacre sa vie, mais il ose dire à ses disciples qu’il ne s’agit pas d’un objectif, d’une orientation, d’un souhait. C’est un ordre, un commandement immédiat. Ne pensons pas un instant que c’est une formalité, que les disciples seraient plus enclins à s’aimer les uns les autres que ceux qui ne suivent pas Jésus. Ce qui rassemble les disciples, ce n’est pas d’abord l’affection ou l’estime entre eux : mais parfois des rivalités et de la jalousie, même chez les douze apôtres. Pourtant le commandement est impératif et universel, alors qu’il paraît le commandement le plus impossible à observer, même entre chrétiens, comme certains se plaisent à le faire remarquer. Alors comment obéir au commandement du Seigneur, si, comme tous les sentiments, « l’amour ne se commande pas » ? 

Avant tout, l’amour n’est pas réciproque. Le coup de foudre existe peut-être, mais l’expérience ordinaire de l’amour, c’est que ce n’est pas symétrique, et pas toujours réciproque. Le plus bel exemple, c’est le Christ, qui aime jusqu’à donner sa vie au monde qui, pourtant le rejette. Plus près de nous, des parents normaux aiment déjà des enfants encore incapables de répondre à leur amour. On peut même, comme les fans des stars et des idoles, consacrer sa vie à quelqu’un qui ignore même qu’on existe. L’amour du Christ, semblable à l’amour du Père, n’attend pas que nous soyons aimables pour nous aimer. Et si nous répondons mal à cet amour, il ne se répand pas en reproches. Il y a une gratuité dans l’amour vrai, qui n’est ni une sorte de marchandage exigeant un retour, ni une tentative de séduction pour parvenir à se faire aimer, ou obtenir ce qu’on veut. Ensuite, il serait inutile de nous commander d’aimer ce qui nous attire tout naturellement. Ainsi Jésus par amour de son Père pourra aller contre son sentiment immédiat qui serait de vouloir échapper à la mort. En confondant l’amour au sens où Jésus en parle et les sentiments amicaux ou amoureux, il est impossible d’obéir au Seigneur. On finit par « aimer ceux qui nous aiment » et rejeter, où ignorer ceux pour qui nous n’éprouvons pas de sympathie. L’amour ne se réduit pas au sentiment, et va parfois « contre » notre sentiment. C’est bien pour cela que Jésus en fait un commandement.

C’est parce que l ’amour chrétien n’est pas d’abord un sentiment, c’est justement parce que cet amour ne se confond pas avec le désir, l’amitié, la sympathie, qu’il peut être un commandement. L’amour chrétien, ce sont des actes. Aimer l’autre, c’est d’abord être juste avec lui. Être attentif à ses besoins profonds. Le respecter dans ce qu’il est. Ne pas lui mentir, ne pas le voler, ne pas l’insulter, ne pas ignorer son existence. L’avertir si nous pensons qu’il se met en danger. Ne pas faire passer mes intérêts et ceux de mes amis avant les siens… Aimer, c’est se donner des règles, des obligations, des interdits envers l’autre, même si ce n’est pas réciproque. Cela peut se commander. Il nous faut donc revoir ce que nous imaginons être de l’amour, à la lumière de la vie et des enseignements de Jésus, et juger de notre amour à travers nos actes, et non nos sentiments. Alors nous découvrirons souvent que l’autre, finalement, est aimable. Mais surtout, nous pourrons vérifier qu’il est vraiment possible, sans mièvrerie ni mauvais romantisme, sans attendre le miracle ou l’âme-sœur, d’aimer réellement et profondément, à l’image du Seigneur. 



Père Jacques Wersinger



Dimanche 2 mai 2021 : Homélie du cinquième dimanche de Pâques :



Je ne développerai pas un élément essentiel des paroles du Christ : l’importance de donner du fruit. En effet la vigne n’a d’intérêt que pour son fruit. Les disciples doivent porter un fruit de bonté et de vérité. Mais il faut commencer par le début. Si les rameaux ne reçoivent pas la sève du tronc, ils ne pourront rien donner. Il faut d’abord être aussi profondément liés au Christ que le sarment au cep. C’est pourquoi Jésus nous invite à avoir le même lien avec lui que lui avec son Père du ciel. Jésus et le Père reste chacun dans le cœur de l’autre. Pourtant le Père est invisible. Être en communion avec son Père ne peut donc pas se réduire à attendre les ordres… Mais à chercher, dans l’histoire, dans la nature, dans les mouvements de notre conscience, la trace de sa volonté, de l’esprit qui l’anime. C’est pour cela que Jésus passait de longs moments de prière. 

Aimer quelqu’un, c’est vouloir lui faire plaisir, respecter sa volonté, mais ceci ne donne pas immédiatement toutes les réponses. En revanche, cela donne un certain regard, un « esprit », une manière de vivre…. Quand on s’aime, la présence de l’autre imprègne l’existence bien au-delà des moments de présence physique. En faisant les courses, je me demande ce qu’il aimerait manger, en passant devant un magasin, si cette robe lui irait bien… En posant un acte « est-ce qu’il, elle, serait fier de moi… ou pas fier de moi ». Devant un choix : « qu’en penserait-il » ? En lisant quelque chose : « tiens, il faudra que je lui raconte… ». Etc. L’amour, l’amitié, nous fait agir et réagir en fonction de celui ou celle qui n’est pourtant pas là, mais dont la présence habite ma pensée. Chacun reste dans le cœur de l’autre, de sorte qu’une sorte de « reflexe » s’installe. On réagit spontanément en fonction de l’autre, même s’il n’est pas là en chair et en os. La fidélité ce n’est pas dans les moments de présence qu’elle s’exprime le plus, mais dans les temps d’absence ! C’est là qu’il faut, par l’esprit, faire en sorte que je demeure en lui et lui en moi. Comme sainte Thérèse balayant soigneusement les coins par amour de Jésus. Mais pour cela il faut être « branché » sur l’autre, et non le considérer comme une vague relation. Pour nous aider à comprendre, Jésus utilise le mot « rester » ou demeurer ». Rester, demeurer, est un mot qui revient souvent dans l’évangile de Jean, plus de quarante fois… Il s’oppose à l’éphémère, au ponctuel si fréquent à une époque de zapping, où le changement est la règle. Ailleurs, on dit que Dieu s’est « gravé », « tatoué » notre nom sur la paume de ses mains. C’est une image, mais elle dit bien que notre relation à Jésus s’inscrit dans la durée, et non dans les émotions d’un moment ou le souvenir du passé. 

Jésus est-il pour nous un objet de connaissance parmi d’autres, où celui auquel nous sommes si attachés que cela conditionne vraiment notre vie ? Reste-il en moi ? Car si Jésus est ressuscité, c’est bien pour que notre vie et nos actions soient vraiment imprégnées de sa présence. Les apôtres découvrent qu’il est ressuscité lorsque sa présence va s’imposer à eux dans les jours qui suivent Pâques, mais aussi parce que non seulement les apôtres, mais des chrétiens qui n’ont jamais rencontrer Jésus physiquement vont faire l’expérience de sa rencontre spirituelle. Jésus est vivant à côté d’eux et en eux. La résurrection permet un autre type de présence, une union des cœurs si intime que même seul au fond d’une prison, cloué sur un lit d’hôpital ou sur une ile déserte, Jésus est avec moi de telle manière que je peux lui parler et entre, à travers les émotions de mon cœur, sa réponse 

Je dis parfois qu’on s’adresse souvent au Père (le Notre-Père), à Dieu » « en général » sans trop préciser, ou à la Vierge Marie, mais rarement à Jésus… Est-ce que nous « restons » en lui et lui en nous ? Nous avons tous « une certaine idée de ce qu’il est », de son histoire historique, Mais est-il « en moi », est-ce que « je l’ai dans la peau » ? Est-ce que je m’adresse à lui dans la journée ? Est-ce que je lui demande « qu’en penses-tu ? ». Quand-est-ce que j’ai parlé directement au Christ, dans ma prière ? Demandons au Seigneur la grâce de lui être profondément unis, chacun pouvant dire « lui en moi et moi en lui. Alors, d’une manière ou d’une autre, nous produirons un fruit de vie éternelle. 

Père Jacques Wersinger