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Editos et Homélies

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Homélie du dimanche 28 février 2021


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L’évangile dit que Jésus est transfiguré, ou plus exactement « métamorphosé », qu’on traduit parfois par « transformé ». C’est exactement ce que saint Paul demandera, avec le même mot, aux chrétiens de Rome ou de Corinthe : « soyez transformés… pour voir quelle est la volonté de Dieu (…) : nous aussi nous sommes transfigurés en cette même image (…) ». Donc la transfiguration de Jésus signifie bien plus qu’un phénomène spectaculaire. C’est, rendue pour quelques instants visible, sensible à nos sens, la beauté, la splendeur intérieure, invisible aux yeux, du Fils de Dieu, auquel nous sommes invités à ressembler. La transfiguration de Jésus est la révélation, l’extériorisation de ce qu’il est intérieurement, mais aussi l’annonce de ce que nous sommes appelés à être, en attendant une transfiguration définitive. Le but n’est pas de montrer que Jésus nous est supérieur, mais de nous inviter à suivre le même chemin. C’est ce que les peintres tentent de représenter quand ils peignent des auréoles et des rayons de lumière autour de la tête du Christ ou des saints. On voit des gens ordinaires, parfois enchainés, torturés et en même temps, rayonnants, illuminant l’entourage. Le plus frappant, c’est Jésus crucifié, mort seul sur la croix, et dont l’auréole semble éclairer le monde. Ces images invitent donc à voir, avec les yeux du cœur, ce qui reste caché derrière les apparences.  

Or justement, pour être chrétien, il faut voir plus loin que les apparences. Quelques jours avant Jésus a invité chacun à prendre sa croix et à le suivre, car « qui veut sauver sa vie la perdra ». Le problème, c’est qu’on ne parle pas tous de la même vie. Pour Jésus, vivre, c’est aimer, quoi qu’il arrive, et la vie terrestre n’est qu’un passage vers la Vie éternelle. Au contraire, pour la majorité des gens, à l’époque, la seule réalité qu’ils connaissent, la seule qui compte, c’est la vie sur terre. Leur seul horizon, leur seul rêve, c’est de mourir âgés, riches, respectés, avec une descendance. C’est la réussite qu’ils attendent de Dieu. Tout le contraire de ce qui va arriver à Jésus. Lui, le fils bien-aimé va mourir jeune, dans le dénuement et la solitude. Il faut donc croire que le chemin proposé par Jésus est, malgré les apparences, un chemin de vie, et que, quelles que soient les apparences, Jésus est bien le fils bien aimé du Père, et non un imposteur. On doit lui faire confiance.

C’est ce que dit la voix céleste « écoutez-le » Malgré ce qui va se passer, il est réellement mon fils bien aimé. Mais écoutons-nous vraiment la Parole du Christ jusqu’au bout ? Les apôtres avaient écouté la parole de Jésus, d’abord en répondant à son appel sur les bords du lac pour devenir ses disciples, puis quand il les avait envoyés en mission évangéliser les villages, guérissant les malades et chassant les esprits mauvais. C’étaient des jours de gloire, où chacun se précipitait pour inviter le Maître et ses disciples à sa table, en attendant la venue du Royaume de Dieu, demain ou après-demain, un royaume où les disciples seraient prince ou ministre. Mais les disciples vont-ils continuer à écouter Jésus, maintenant qu’il leur parle de sa mort. Jésus leur parle aussi de résurrection, de vie au-delà de la mort. Leur fidélité et leur confiance iront-elles jusque-là ou partiront-ils quand la popularité de Jésus et les perspectives de réussite matérielle commenceront à disparaitre ?

C’est ce que feront beaucoup de gens. Certains se retrouveront même parmi ceux qui criaient « crucifie-le ». Même Judas, un des plus proche, trahira Jésus. Aujourd’hui il est peu probable que nous risquions la torture ou la mort. Mais écoutons-nous réellement l’appel à pardonner les offenses ? Mettons-nous en pratique les commandements du Christ, particulièrement les béatitudes, même et surtout quand cela n’arrange pas nos affaires ? Acceptons-nous de parler et d’agir à contre-courant, quand l’opinion publique va contre ce que nous voyons dans l’évangile ? Sommes-nous chrétiens par confort et habitude ? Pour reprendre souffle et nous renouveler, remettons-nous en pensée sur la montagne avec Pierre Jacques et Jean. Ils ne comprennent pas tout, ils continueront à avoir peur, et la résurrection reste encore pour eux un mystère. Mais ils savent que Jésus, jusque dans les pires épreuves, est le chemin vers la vie véritable. Telle est notre foi, et voici pourquoi, nous aussi, nous voulons l’écouter et le suivre jusqu’au bout.  Pour cela, allons, dans le silence, la lecture, la prière, la méditation, chacun dans sa petite montagne intérieure en compagnie du Seigneur.     

                                                                                                                    Jacques Wesinger


Edito de Carême :

Briser les chaînes pour tisser des liens.

Nous entrons donc dans une « traversée du désert » de quarante jours, qui nous mènera symboliquement de « l’Egypte », terre d’esclavage, à la liberté absolue des enfants de Dieu, via Pâques et la Résurrection Mais la liberté vers laquelle nous cheminons n’est pas celle de la révolte ! C’est l’esclave qui rêve de prendre la place du maître et de donner des ordres. Cet itinéraire du carême ne vise pas non plus à la liberté abstraite de pouvoir enfin n’avoir ni règle ni limite et il ne s’agit pas davantage de   renoncer « parce qu’il le faut », temporairement et à regret, à mille choses petites ou grandes, en en faisant le sacrifice pour montrer qu’on a de la volonté !

Notre liberté doit permettre un engagement. Nous sortons de l’obligation, de la peur, de la contrainte extérieure, de l’habitude, pour tisser les liens librement voulus de l’amour du prochain. Mais cela passe par l’épreuve et le choix. Au milieu du désert, l’alternative se pose : ou bien accueillir volontairement la Loi de Dieu, qui pose des interdits et obligations, pour permettre de construire une communauté fraternelle, ou bien rester prisonniers de nos désirs, de nos rêves et de nos peurs, et tourner indéfiniment en rond.

Le carême est une aventure « intérieure » qui exprime le mouvement de notre existence entière. Ce doit être une étape, non une parenthèse.  Cependant, ce temps de « libération », nous pouvons aussi le vivre, à cause de la COVID, comme un temps d’emprisonnement et de contrainte subie. Quand le printemps revient, que les jours rallongent, et qu’on craint de rester enfermé chez soi, pour cause de pandémie, on peut expérimenter paradoxalement à la fois une solitude et une trop grande promiscuité, vivant à la fois toutes les épreuves du désert !

Que Dieu nous donne la patience, la confiance et la charité. Sans cela nous ne sortirons jamais de notre désert personnel. L’enfer, c’est les autres. Le paradis c’est les autres. Dans le désert Dieu nous propose de croire en la fraternité comme chemin de vraie liberté.

Jacques Wersinger


Homélie du dimanche 14 février 2021 : Le Lépreux

Le problème de la lèpre est d’abord un problème social. Un problème de relation. Un problème de regard. Il n’est pas question de mort. D’une certaine manière, les lépreux vont très bien ! La lèpre ne fait pas mal. Un lépreux peut vivre longtemps et voir, entendre, parler, marcher parfaitement. C’est juste un problème de relation. Et d’exclusion. Il est laid, son corps semble déjà souffrir de la décomposition de la mort. Les autres maladies n’isolent pas. On s’occupe du malade. On le porte, on l’embrasse, on le soigne. Entre le lépreux et les autres, il y a comme un mur. La lèpre est un isolement. On se sent laid, sale, impur, seul. La lèpre est une maladie de peau, et fait qu’on se sent profondément mal dans sa peau. 

Des gens qui se sentent indignes, impurs, comme isolés des autres, mal dans leur peau, cela ne manquait pas en Israël. Et cela ne manque pas non plus aujourd’hui. La pression et les conventions sociales font parfois imaginer que le moindre bouton sur le nez est insupportable, et c’est ainsi que le secteur des cosmétiques, produits de beauté de la chirurgie esthétique draine des milliards d’euros. Et on voit bien toutes les publicités pour un corps, une peau, un regard, des cheveux, des dents et tout ce qu’on veut absolument parfait. Parce que l’apparence prend une place extraordinairement importante dans notre monde. Si on met de côté les exagérations, Il n’est évidemment pas question de critiquer le désir bien normal de chacun de se faire, comme on dit « le plus beau possible », d’être « présentable » devant les autres. Ce n’est pas bon signe quand on se moque totalement de notre apparence. Mais on peut s’inquiéter de la tyrannie qui fait que les moindres défauts extérieurs sont ressentis comme insupportables, et finissent par isoler. Et ce n’est pas seulement le regard des autres ! Certains ne veulent plus sortir parce qu’ils ne supportent pas leur propre image dans le miroir. Cela peut sembler absurde, mais c’est ainsi ! Et ce sentiment d’être, physiquement ou moralement « indigne » de fréquenter les autres ou même de se regarder peut mener à une profonde solitude, à la souffrance, à la dépression et même à la mort. Les lèpres sont nombreuses… L’âge, la couleur de peau, le tour de taille, le quartier d’où on vient, la vie sentimentale, tout peut devenir sentiment d’indignité, d’impureté, d’exclusion. Ce n’est pas seulement des autres, de son conjoint, de ses enfants qu’on est isolé. On peut aussi avoir le sentiment que même Dieu ne peut pas vouloir de moi… Et il n’est alors même pas besoin que les autres s’écartent. C’est le lépreux qui s’écarte spontanément d’eux.

Dans l’évangile, le lépreux croit que Jésus peut le purifier, s’il le veut. Qu’il peut prendre en pitié sa souffrance, sa solitude, et le regarder comme on regarde un autre homme, sans être repoussé par son aspect physique. Mais tout repose sur la volonté de Jésus. Va-t-il, comme tant d’autres, estimer que la lèpre vient de Dieu, et que cet homme n’a qu’à vivre avec en espérance que ça disparaisse comme ça ? Le premier mouvement de Jésus est tout simplement celui d’un cœur fraternel… Il est ému de pitié. Il voit l’homme en souffrance, et non pas « un lépreux » parmi d’autres, qui ferait comme partie du paysage. Et c’est ainsi que, dans un dialogue personnel, cet homme apprend qu’il n’est pas infréquentable. Aux yeux de Jésus, il est pur. Il est digne qu’on tende la main vers lui jusqu’à le toucher. 

Il lui faudra encore faire une démarche essentielle. Jésus le renvoie, presque brutalement. Parce que le but n’est pas de rester dans une relation solitaire, même très chaleureuse, avec le Christ. La foi en Jésus, la guérison mettent en route. Il faudra oser se mettre en route vers les autres, vers les prêtres du Temple, car la purification de la lèpre doit permettre de rencontrer les autres et s’intégrer dans la communauté. Il faut qu’il se mette en route, alors qu’il n’a comme seule assurance de sa guérison, que la parole de Jésus. Extérieurement il est peut-être encore lépreux, intérieurement il est déjà guéri. La guérison se propage de l’intérieur vers l’extérieur, du cœur vers la peau, parce qu’il a cru en la parole de Jésus avant même de constater que ça marchait. 

Que le Seigneur nous donne la grâce de briser tout ce qui entrave notre désir de rencontre, qu’il nous donne la certitude que nous sommes, quelle que soit notre apparence, capables et dignes de nous assoir à la même table que nos frères, sans autre souci de « pureté »

Père Jacques Wersinger


Homélie du 7 février 2021 : dimanche de la santé

Ce dimanche est pour l’Eglise catholique le dimanche de la santé. Je ne développe pas l’importance de la santé dans l’évangile. On sait bien que Jésus et ses disciples prennent le temps de s’arrêter pour redonner la santé à des gens souffrant de maux bien différents. Cela ne concerne pas que les adultes. Des jeunes aussi sont malades. Des parents, juifs ou païens, viennent supplier de guérir un enfant malade, parfois si gravement qu’il en meurt. A l’époque de Jésus comme aujourd’hui c’est terrible quand on est un père, une mère, de voir son enfant qui va mal, dans sa tête, dans son corps, dans son cœur, et d’avoir l’impression de ne rien pouvoir faire pour lui… 

Dans l’évangile beaucoup ont des « infirmités : muets, sourds, aveugles, lépreux, boiteux, gens qui souffrent d’épilepsie ou de troubles mentaux. Et puis ceux qu’on appelle les « malades » sans donner de précision. Qu’avaient-ils comme maladie ? Comment Jésus les guérissait-il ? Est-ce que ça nous concerne encore aujourd’hui ? Si j’ai la Covid, un rhume, du diabète ou un cancer, Jésus va-t-il me soigner mieux que les médecins ? Dans le fond, qu’est ce que ça me fait, de savoir que Jésus a guéri la belle-mère de saint Pierre – à part d’être content pour elle ? En fait, cela nous concerne, même si on est un jeune en pleine forme physique, car la maladie, ce n’est pas qu’une question de virus. Au fait, c’est quoi, une maladie ? Quelque chose qui fait qu’on est « mal ». Toutes les maladies ne font pas souffrir. Au contraire, parfois on ne sent plus rien du tout ! Mais on se sent mal. On ne se sent « pas bien ». On reste au fond du lit, on manque de force, etc. La maladie entraine souvent une dépendance, une fragilité. On se dit qu’on pourrait mourir, qu’on pourrait ne pas se relever… C’est l’angoisse et la déprime. Les gens malades le disent souvent « je n’ai plus de goût à rien », « je ne suis plus bon à rien ». Et quand j’ai mal ça perturbe ma relation aux autres. Je deviens passif et renfermé ou agressif, hypernerveux, irritable, découragé, angoissé, amorphe, déprimé. 

L’évangile utilise le mot grec « asthénique » pour dire « malade ». Asthénique : sans force, sans ressort, sans énergie. On reste couché, comme la belle-mère de Pierre, et pas toujours à cause de la fièvre. Quelquefois on aime rester sous la couette, et c’est bien normal. Mais parfois on n’a plus envie de se lever… on se cloître dans sa chambre ou sa maison, parce qu’on a l’impression que le monde est sombre, que personne n’a besoin de nous, qu’on n’a pas de raison d’exister. On reste couché, et ce n’est pas de la fainéantise. Pourquoi se lever, si la vie n’a pas de sens, si tout est nul ! Cette maladie est parfois si grave qu’elle mène à la mort. Les médecins n’y peuvent rien. Pour retrouver de l’énergie, et le gout de vivre, l’envie de se lever, Il faut que quelqu’un m’aide, qu’il me redonne confiance en moi et en la vie. Qu’il me donne une raison d‘exister. On le voit bien… On peut appeler dix fois, l’autre ne bouge pas. Mais si c’est son ami qui téléphone, voici qu’il se remet debout, même si on lui dit qu’il doit rester couché ! L’amitié a une grande puissance de guérison contre certaines maladies de l’âme. 

Jésus, le plus profond ami de notre âme, a ce pouvoir de redonner le goût de vivre, de guérir de cette fatigue de l’âme qui fait que l’on ne croit plus en rien, qu’on n’espère plus rien. Jésus « met debout ». Il ne plaint pas les malades. Il les rencontre. Il prend par la main. Il croit en la bonté de Dieu et en la beauté du monde, en la valeur des gens, et il communique cela. Peut-être certains resteront physiquement malades, mais ils se sont moralement et spirituellement remis debout, remis en marche. L’évangile précise que la malade que Jésus est allé chercher et prendre par la main se met à le servir ! Sa convalescence, c’est de servir. Elle a retrouvé le goût de vivre en se mettant au service du Christ. Celle dont il fallait s’occuper a trouvé une raison de se lever puisqu’elle est utile à quelqu’un. Le signe de la bonne santé, d’une vraie guérison, c’est l’esprit de service. Aujourd’hui comme hier les malades du corps ou de l’âme de tous âges, n’ont pas besoin qu’on les plaigne. Ils ont besoin qu’on les aide à trouver un sens et une utilité à leur existence, une raison de se remettre debout. Une possibilité, d’une manière ou d’une autre, de donner un peu d’eux-mêmes. C’est que je souhaite à tous les jeunes et accompagnateurs qui sont ici ce matin. Débout ! Et soyez vous aussi, dans l’esprit du Christ, des guérisseurs d’âmes. 

Père jacques Wersinger



Homélie du dimanche 31 janvier : Esprit impur

 

L’évangile raconte un épisode qui semble bien loin de notre époque et de nos préoccupations. Une altercation entre Jésus et un homme possédé par un « esprit impur » ! S’agit-il d’un homme perturbé psychologiquement, où l’esprit impur a-t-il une réalité personnelle, une identité indépendante de cet homme, comme on le voit dans les « possessions  démoniaques » et dans les films d’horreur. En fait, nous ne savons pas et peu importe. Ce qui nous intéresse, c’est plutôt le caractère inhabituel. Que Satan tente Jésus dans le désert, qu’un possédé erre en hurlant dans un cimetière, on peut le comprendre. Mais ici nous sommes dans la synagogue, l’esprit s’exprime à travers un homme qui est là pour étudier les écritures, son interprétation, et les conséquences pour la vie ordinaire. Sa réaction ne vient pas de la présence de Jésus, mais de ce  qu’il vient d’enseigner avec autorité. C’est étrange. De plus Jésus ne semble pas avoir été gêné par sa présence dans un premier temps.

Que disait Jésus pour déclencher une réaction violente et angoissée ? Il faut savoir que les études à la synagogue concernaient pour une grande part l’interprétation des passages de la Bible concernant les questions d’impureté et de pureté, la purification, etc. Seul ce qui est pur peut s’approcher de la sainteté de Dieu. La différence entre pur et impur est essentielle comme on le voit dans le Lévitique et dans le livre des Nombres.  L’impureté touche les animaux (Deut 14) les aliments (Ez 4, 13), les femmes, les vêtements… les maladies de la peau, les décès ; etc… C’est la base du Cascher. L’impureté est confondue avec une maladie ou un virus, On se confine ou on confine les autres ! Le problème tient au passage de la pureté et de l’impureté « physique » à la pureté et à l’impureté morale ! On ne va pas manger à la même table qu’un païen ou un samaritain : ils sont impurs. 

A priori, Jésus enseigne sur questions. Et son enseignement est inhabituel : à la différence des autres enseignants, des scribes, il ne se contente pas de commenter les opinions des autres. Il y a du neuf, qui étonne. On peut sans trop se tromper supposer que Jésus leur disait que toutes leurs pratiques compliquées n’offraient en réalité aucune garantie de salut ! Bien pire, que cela pouvait avoir l’effet inverse. Rappelons-nous la parabole du bon samaritain… Le prêtre et le lévite se sont écartés car ils craignaient d’être rendus impurs en touchant du sang ou un cadavre… et du coup la Loi de la charité fraternelle n’était pas respectée. On connait ces troubles psychologiques dans lesquelles on se lave dix fois par jours, et on fuit – hors période de pandémie – tout contact avec les autres. On sait aussi combien d’horreurs qui ont été commises au long des âge au nom de la pureté jusqu’à cette idée de la pureté de la race qui se traduisait par le mépris ou le meurtre des autres considérés comme inférieurs, impurs, indignes. il y a une recherche de la pureté qui mène à l’exclusion des autres.  La préservation de la pureté, de l’absolu, peut devenir une obsession dangereuse. Et c’est bien ce qui guettait une partie de la communauté juive au temps de Jésus : se préserver de la souillure des autres, multiplier les tabous les rites de purifications et les interdits de toute sorte. Or Jésus nous apprend que ce qui est fait en vue de plaire à Dieu risque paradoxalement d’éloigner de Dieu, d’aggraver notre impureté !

C’est à ce moment précis que l’esprit impur, qui n’avait aucun problème dans les enseignements habituels, s’affole et se lance dans une affirmation contradictoire : Jésus est le saint de Dieu, et il pourrait bien les « perdre ». Qui donc ? Les esprits impurs ? Ou plus vraisemblablement l’ensemble des auditeurs dans la Synagogue. C’est le cœur du débat : Jésus vient-il perdre tous ces gens pourtant rassemblés pour mettre en pratique la Loi donnée par Dieu à Moïse ! Si ça ne sert à rien de se laver dix fois par jours et d’éviter les gens « impurs », si cela risque même de nous mener à ne pas respecter la Loi de Dieu, alors, d’accord, tu viens peut-être de Dieu, mais que viens-tu faire ? Viens-tu nous condamner ? Viens-tu nous priver de notre espoir de plaire à Dieu Viens-tu nous perdre ???

 La réponse de Jésus n’est ni oui ni non : tais-toi ! L’esprit impur est réduit au silence, mais Jésus n’a pas répondu à sa question. Il y répondra sur la croix. Son sang versé par amour viendra purifier nos cœurs et nous rendre capable d’aimer. Seul ce qui fait dans l’esprit d’amour peut nous rendre proche de Dieu. Jésus ne vient perdre personne. Il veut sauver chacun y compris cet homme à l’esprit impur.

Père Jacques Wersinger


 Edito du dimanche 24 janvier 2021

Donner des signes de vie ici et maintenant.

 Nous sommes trop souvent focalisés sur ce que nous ne pouvons pas – ou plus – ou pas encore faire. Du coup le souvenir du passé ou l’espérance dans l’avenir ne sont plus des moteurs pour le temps présent. Le risque est de nous mettre d’une certaine manière en hibernation en attendant des jours meilleurs. Or, « c’est maintenant le moment favorable ».

L’évangile se conjugue au présent. Quand tous attendaient, ou regrettaient le Christ agissait. Il agissait sur ce qu’il pouvait faire là où il était, face aux besoins présents des personnes concrètes. En fait, en regardant bien, ce n’était pas grand-chose à l’échelle du pays ou de l’Empire ! Quelques malades guéris, quelques hypocrites remis en place, quelques exclus accueillis, quelques règles de bon sens rappelées. Et quelques actions certes extraordinaires (marcher sur la mer, la multiplication des pains) mais dont le sens et la portée échappaient encore à la plupart. L’essentiel n’était pas dans la quantité de choses réalisées. L’essentiel était qu’au milieu du fatalisme des uns et du fatalisme des autres, un chemin d’humanité réel, concret, possible pour n’importe qui se dessinait.

 Ce dimanche, pour conclure la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous aurons un temps de prière œcuménique à Sainte-Thérèse. Cela va exactement dans le sens et la logique du « possible, maintenant », porteur d’espérance cher au Seigneur. Au sein d’un monde fracturé, divisé, où les frontières se ferment et ou des cœurs se confinent, quelques chrétiens, qui naguère se sont déchirés, méprisés ou du moins ignorés, se réjouissent ensemble de reconnaître chacun en l’autre la présence de l’Esprit de Dieu. Puisse ce signe donner énergie et confiance à ceux qui en ont besoin !

 Jacques Wersinger

 

Homélie du dimanche  24 janvier 2021 : L’unité des chretiéns

Le Pape a désiré que ce troisième dimanche du temps ordinaire soit consacré à « la Parole de Dieu ». Pourtant chaque dimanche nous écoutons la Parole de Dieu proclamée. Toutefois on peut écouter la parole de Dieu avec bienveillance, sans doute, mais sans vraiment écouter, un peu comme une chanson connue, qu’on croit connaître par cœur, qui fait partie de nos vies mais qui ne nous atteint plus vraiment, et qui parfois même est dans une langue étrangère, si bien qu’on peut la connaître par cœur sans comprendre de ce cela dit. Ecouter la Parole peut être un rituel, une coutume, et non un aliment pour nos existences. Il faut nous s’interroger sur notre manière d’écouter, d’assimiler, de « digérer » la parole de Dieu comme une nourriture de l’âme, puisque l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Et si les textes semblent compliqués, des homélies, des livres, des articles, des groupes, des formations existent pour nous aider. 

Par ailleurs ce dimanche de la Parole de Dieu clôt la semaine de prière « pour l’unité des chrétiens ». Et le pape précise que ce n’est pas par hasard car c’est notre manière d’accueillir cette parole qui peut être facteur d’unité. Accueillir la parole signifie « entrer dans l’esprit de cette parole »., et non pas chercher le passage qui montre que j’ai raison et que l’autre a tort. Or la Bible a été souvent une cause de disputes quant à son interprétation. Le diable lui-même n’a pas hésité à citer les saintes Ecritures.  C’est donc en cherchant, avec le cœur ouvert, ce que cette parole peut signifier pour moi aujourd‘hui, que je me retrouve proche et uni a tous ceux, dans la même démarche de cœur, cherchent comment accueillir cette parole. Et ce n’est pas la même chose que de chercher à accueillir la parole de Dieu dans ma vie, ou de chercher à imposer mon interprétation aux autres. Le même texte peut parler différemment à chacun, y compris dans l’Eglise catholique. 

Cela rejoint l’évangile de ce dimanche.  Jésus appelle personnellement Simon et André, Jacques et Jean. L’unité entre eux vient de leur réponse à un appel personnel, et non d’une idée, d’un principe abstrait. Il y aura des tensions entre les apôtres, car Jésus ne s’inquiète pas de savoir s’ils vont bien s’entendre ou pas avant de les choisir. Le lien entre eux n’existe qu’à cause de lui. Il dépend de leur accueil du Christ, de leur confiance personnelle en lui. C’est en s’attachant fermement au Christ qu’ils parviendront à créer finalement une communion entre eux. A condition évidemment d’admettre que pour certain le Christ soit accueilli comme le médecin, pour d’autres l’ami, pour d’autre l’enseignant, etc. A condition aussi de ne pas imaginer cette communion comme une entente paisible, parce qu’on aurait trouvé un terrain d’entente définitif et stable, ou qu’on aurait renoncé à parler des sujets qui fâchent. Mais chercher la vérité n’est pas la même chose que vouloir l’imposer.

Les disciples resteront toujours en tensions les uns avec les autres…  Pour autant cette tension peut être fructueuse, si on ne succombe pas à la tentation de réduire le dialogue à la question simpliste de savoir qui a tort ou raison. La volonté d’uniformité ici et maintenant a causé de profonds schismes et a mené des manières de parler, des points d’insistance théologique légitime à se durcir, jusqu’à devenir incompatible. Chacun revendiquant la possession de la vérité, transformant toute différence en désaccord et tout désaccord en péché mortel, et s’inquiétant davantage de ce qui divise et sépare que des points de convergence qui rassemblent et unissent. On finit alors par confondre notre obéissance à la Parole de Dieu avec notre volonté de faire taire la voix de l’autre, à travers lequel Dieu me parle aussi.

Bref, notre prière pour l’unité n’a pas pour but d’effacer les contentieux passés ou de les nier pour retrouver l’unité originaire perdue. Ce genre d’unité par uniformité n’a jamais existé, ne correspond pas à la pratique du Christ telle que l’évangile nous le présente. L’unité chrétienne doit être à l’image de l’unité qui règne dans un couple : la confiance en l’autre même si je ne le comprends pas toujours, et non une obsession d’un accord total et d’une pensée unique. Rien ne doit faire perdre de vue l’essentiel pour lequel Jésus a donné sa vie et nous a appelé : témoigner de l’amour du Père à travers notre amour fraternel. La Parole de Dieu, écrite ou orale, ne parle que de cela.

Jacques Wersinger

 

Homélie du Dimanche 17 janvier 2021 de Jacques Wersinger

Les vocations

L’évangile nous raconte la vocation des premiers disciples. Elle s’appuie sur la mission de Jésus. Il n’est pas venu faire un numéro de sauveur solitaire, mais pour transmettre une parole, une manière de faire, et créer une équipe pour continuer après lui. Dès le début, Jésus sait qu’il devra partir, et qu’il faut prévoir la suite. On note que les futurs apôtres ne viennent pas directement à Jésus. Deux d’entre eux vont le voir sur le conseil de Jean. Simon Pierre est amené par son frère. Il y a des intermédiaires, il y aura aussi des appels directs de Jésus. Mais personne ne décide seul de venir à sa suite. Il faut être appelé. Et c’est le sens même du mot vocation, « vocare » : être appelé. Maintenant, avons-nous une vocation laquelle et comment y répondons-nous ? La question de la vocation est souvent réduite à la vocation des prêtres, diacres et religieux, traitée de manière un peu irréaliste. On en fait une sorte de mystère, un dialogue cœur à cœur entre une personne et Jésus débouchant sur des certitudes que les autres n’ont plus qu’à accepter, ou bien une sorte d’équilibre personnel, une recherche d’harmonie... C’est ainsi que certains sont aigris parce que leur « vocation n’était pas reconnue », ou qu’ils n’avaient jamais trouvé leur « vraie vocation ». A se demander si leur vocation n’était pas d’être des indécis, des entêtés ou des désolés professionnels et si ce n’est pas une excuse pour ne pas répondre aux vrais appels, à de vrais besoins, dans les vraies situations, en fonctions de leurs vraies aptitudes, en préférant se réfugier dans le rêve.

D’abord, nous pouvons tous dire avec Thérèse de Lisieux que « notre vocation, c’est l’amour ». Nous sommes tous, sans aucune exception, appelés à aimer ? C’est l’unique appel de Dieu. Et nôtre vocation comme chrétiens dans ce monde est de rendre cette vocation universelle à l’amour sensible, visible, crédible. Apprendre à tout homme qu’il est aimé et qu’il a vocation à aimer. C’est la mission que Jésus a reçu du Père, c’est la vocation à laquelle il appelle et associe des disciples et apôtres.  Enfin, de quelle manière concrétiser cela ? Cela dépend du temps, du lieu, des circonstances, des possibilités et des aptitudes. On ne réalise pas sa vocation à aimer dans l’enfer de Dachau, dans le combat politique, dans un Ehpad ou dans une cour de récré de la même manière. Mais la vocation est identique. Simplement, qu’est ce qui m’est possible de faire aujourd’hui, comme je suis, y compris avec mes faiblesses, pour répondre ? Car une vocation est un choix, un pari, parmi bien des possibilités, et nous ne sommes jamais l’homme, la femme idéale pour la situation donnée. Le monde a besoin, pour vivre, de professeurs et d’ouvriers, d’infirmières et d’artistes, de paysans et de gestionnaires. Et beaucoup trouvent leur vocation en prenant modèle sur leur entourage. En tout cas, une vocation ne va jamais contre mon être profond. Mais elle oriente et donne forme à cela. Quelquefois de manière inattendue. François d’Assise rêvait d’être chevalier au service du roi. Et il l’a été parfaitement. Mais pas avec les armes et pas sur les champs de bataille qu’il imaginait au début !

La vocation de sœur Odette, qui vient de prononcer ses vœux perpétuels, montre le cheminement d’une vocation, entre l’appel et la réponse.  Il y a sans doute un gout et des aptitudes pour une vie commune, et le désir de servir, puisque c’est une communauté active. Mais aussi l’exemple de religieuses et consacrées montrant que ce chemin de vie était possible et beau. Et le sentiment que c’est bien une manière de répondre à l’amour du Seigneur et de s’associer à son amour pour tous. Et puis il y a la communauté concrète, avec ses richesses et ses difficultés. Il y a l’épreuve du temps, le discernement avec d’autres, qui permettent d’ajuster les rêves, les désirs, avec la réalité, et oblige à des renoncements… Et finalement, au bout d’un temps de clarification et de purification, la conviction que ce chemin, qui n’en est qu’un parmi d’autres vocations chrétiennes, est un chemin possible ; pour elle, telle qu’elle est, dans cette congrégation telle qu’elle est, pour répondre à l’appel à aimer Dieu et l’Humanité. Et la décision de dire oui !  D’autres vocations suivent des chemins bien différents. Comme Amos ou Jérémie qui se sentent obligés de parler, alors que rien ne les prédisposait à cette mission, qu’ils le font presque malgré eux, à contre-cœur, certains que d’autres seraient bien plus doués pour ça, mais en sentant qu’il y a urgence d’avertir la population, parce que la situation l’exige et qu’il faut que quelqu’un le fasse. Que le seigneur nous épargne les rêves irréalistes et nous donne suffisamment de force et d’amour pour répondre présent, tels que nous sommes, à l’unique vocation à aimer et à faire aimer.                           

Homélie du dimanche 10 janvier 2021 de Jacques Wersinger

Le Dimanche du baptême du Christ est l’occasion de réfléchir sur le baptême et son sens. On sait que le baptême n’est pas un talisman pour « protéger d’un malheur » comme si Dieu était incapable malgré sa puissance et sa bonté d’accueillir un non-baptisé. On a bien compris aussi que des baptisés étaient eux aussi « pécheurs », pas « meilleurs que les autres. Mais le nombre de baptêmes baisse très sensiblement, et comme généralement rien n’est fait pour donner aux enfants et jeunes non-baptisés les éléments de connaissance de la foi, la quasi-totalité ne choisissent rien du tout « plus tard ».  Pourtant, parallèlement, se développe une mode des « baptêmes laïcs » qui n’ont aucun sens, sinon de « faire la fête », mais marquent surtout l’incompréhension de la nature même et de la signification du baptême. Alors, que nous apprend le baptême de Jésus ?

Le baptême du Seigneur nous rappelle que nous devons naître deux fois, comme Jésus nous le montre. En effet, Jésus était né physiquement trente ans avant. N’était-il pas déjà fils de Dieu ? N’était-il pas bien-aimé ?  Les mages et les bergers, Joseph et Marie ne l’avaient-ils pas reconnu ? En fait, la première naissance, physique de Jésus, ou la nôtre est semblable à celle de tous les êtres vivants. Mais il faut aussi que notre esprit, notre âme s’éveille à autre chose, une autre vie. Comme Jésus le disait à Nicodème, « il faut renaître d’eau et d’Esprit ». Nous sommes nés fils de la Terre. Il faut naitre comme « fils et filles de Dieu ». Cette naissance prend plus qu’une heure en maternité, ou dix minutes au baptistère un dimanche. Elle prend l’existence entière, parce que c’est à travers l’accueil de l’Esprit au quotidien que nous devenons de plus en plus fils bien-aimés de Dieu.  Sans doute nous ne choisissons pas de naître. C’est un don qui nous est fait. Nous ne décidons pas d’avoir Dieu pour Père.  Mais nous choisissons d’aimer notre Père, nous apprenons à l’écouter, à l’imiter, et de nous conduire comme ses enfants. Jésus continuera à naître comme fils de Dieu jusque sur la Croix.  Et d’ailleurs les baptêmes sont toujours des baptêmes « dans la mort du Christ »

C’est par le mot « fils bien-aimé » que Jésus est désigné à son baptême. De nouveau quand Jésus à la transfiguration parlera de son départ vers la croix, la même voix le dira « Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le. Pourquoi cette voix se révèle-t-elle au baptême, et pourquoi Jean le Baptiste ne veut-il pas baptiser Jésus ?  Le baptême de Jean a le sens d’une purification des péchés, pour un changement de comportement. Voila pourquoi Jean-Baptiste ne comprend pas. Bien entendu Jésus n’a pas besoin de changer de comportement. Ce qu’il fait, il le fait par solidarité. Le fils bien-aimé n’est pas l’homme pur, parfait, qui s’écarte pour ne pas être sali ou contaminé. Il est bien-aimé parce qu’il vient au milieu des pécheurs, comme un frère parmi ses frères, pour le bonheur du Père. Et c’est dans cet acte de simplicité, d’humilité, de solidarité avec des gens imparfaits que Jésus est reconnu par le Père comme son fils bien-aimé. Il ne sera dans toute sa vie publique jamais au-dessus des autres, mais à leur contact. Il sera même, à la Cène, à leurs pieds. Le Fils de Dieu manifeste son amour du Père en se faisant le Serviteur de ses frères. C’est là qu’il fait la volonté de son Père, et se révèle « bien-aimé ». Car l’amour du Père pour son fils ne consiste pas à lui éviter les difficultés, la souffrance et la mort, mais à lui confier la mission de libérer le monde des forces de ténèbres. Découvrir que Jésus est le bien-aimé implique de mettre nos vies en conformité avec la sienne si nous voulons être les « bien-aimés » de notre Père céleste. C’est le sens du baptême.

Le même mot « bien-aimé » sera habituellement utilisé dans le NT pour s’appeler entre chrétiens : « bien-aimés, très chers », c’est le même mot. Les premiers chrétiens avaient perçu que le rapport qui existe entre le Père et Jésus est le modèle de la relation qui doit exister entre chrétiens. Nous devons nous aimer les uns les autres, non seulement comme des frères, mais d’une certaine manière, comme le Père du ciel aime le fils. Dans la confiance, la bienveillance. Nous devons nous aider à grandir les uns les autres… dans cette relation bien particulière de père à fils, qui n’est pas une rivalité, mais le profond désir de transmettre le meilleur à son fils et de le voir grandir, devenir adulte, reprendre à son compte les valeurs qui nous animent.