Homélie du Père Wersinger : 14 août 2022

Certains contemporains estiment que les religions sont des facteurs de divisions et de guerres. Effectivement les exemples ne manquent pas, dans la Bible, dans l’histoire de France ou dans le monde, de gens qui prétendent imposer par la force la volonté de Dieu. Mais est-ce bien leur religion, dans sa nature profonde, qui exige que des hommes asservissent, violentent et tuent au nom de Dieu, où n’utilisent-ils pas la religion et Dieu comme prétextes pour assouvir leurs rêves de puissance et de domination ? Agit-on au nom de Dieu, ou usurpe-t-on la place de Dieu quand on décide en son nom du sort des autres ? D’ailleurs beaucoup n’ont pas besoin de croire en Dieu pour se montrer intolérants et violents. Les régimes totalitaires se moquent bien de savoir si Dieu existe et ce qu’il veut. En tout cas, en France, le souvenir des fameuses guerres de religion, qui sont la honte de la chrétienté, doit nous inviter à réfléchir : il n’y a pas que les Aztèques ou les intégristes musulmans qui peuvent tuer au nom de Dieu. Et on tue aussi facilement au nom du bien de l’homme et de la nation… Mais c’est vrai que la Bible contient des récits de massacres, des appels à la violence. Et Jésus sera invité à utiliser la force contre ses adversaires.

Il faut donc, plutôt que de parler des religions en général, se concentrer sur notre religion personnelle. La foi chrétienne est-elle germe de violence ? L’Église a réfléchi à la question de la violence et de la « guerre juste ». Quand est-il permis à un chrétien d’user de la force ? Sans entrer dans les détails, le recours à la force n’est possible que dans le cadre des lois établies, par ceux qui en ont reçu la mission, et dans le seul but de protéger les plus faibles. Nul ne peut imposer sa propre loi. Si l’usage de la force n’est légitime que quand on a reçu mission, cela veut dire qu’à titre personnel, on doit privilégier le dialogue, la douceur, le pardon… et même préférer souffrir que faire souffrir. Enfin, il reste un principe simple pour guider nos actes : qu’aurait fait Jésus ? Car au-delà des théories et des principes, c’est notre volonté d’agir dans l’Esprit du Seigneur qui fait de nous des chrétiens. Et la croix est le symbole d’une religion qui a érigé l’amour du prochain, jusqu’à l’ennemi, et le refus de la violence en absolu. Que nous ne parvenions pas toujours à faire comme Jésus ne retire rien à ce principe.

Mais comment interpréter l’évangile que nous venons d’entendre. Apparemment Jésus ne vient pas apporter la paix sur la terre mais la division. Tout d’abord Jésus ne fait que constater : précisément parce que des gens, grand-prêtres et pharisiens, utilisaient la religion comme instrument de pouvoir et de contrôle il était presque impossible d’avoir une pratique ou une conviction différente. Les chrétiens seront ainsi exclus et maltraités non pas parce qu’ils veulent imposer leur religion, mais parce qu’ils veulent vivre leurs convictions. Le simple fait de dire dans une réunion de famille que l’on était un disciple de Jésus pouvait entrainer un violent rejet. Or si nous devons dire nos convictions avec douceur et respect, si nous devons pardonner les offenses, il est légitime de pouvoir dire ce que nous croyons. Si les chrétiens désirent la paix et la concorde plus que tout, cela ne signifie pas qu’on doit se taire, courber la tête et dire comme tout le monde. Il y a une façon de vouloir le consensus général et « la paix à tout prix » qui peut nous rendre complices de grandes aberrations. Ne pas chercher délibérément les conflits et respecter nos adversaires est une chose ; accepter l’erreur, le mensonge, l’intolérance, l’injustice commises envers les autres pour ne pas avoir de problème, cela ne peut pas conduire à la paix véritable, mais à une complicité avec le mal et la violence. Ainsi Jésus va effectivement, bien malgré lui, apporter la division. Assez rapidement les chrétiens seront exclus de la prière à la synagogue et viendront les premiers martyres. Cela continu encore aujourd’hui. Mais la conviction de Jésus, et la nôtre avec lui, est qu’au final l’amour triomphera, et que nos divisions et conflits feront place à une fraternité universelle. Nous sommes encore divisés, mais nous savons que nous n’avons tous qu’un seul Père au ciel. C’est notre espérance, et c’est pour cela qu’au milieu des tensions inévitables, nous travaillons à une meilleure compréhension entre les individus, les peuples, les philosophies, les spiritualités et religions. C’est un dialogue long, difficile, exigeant, mais c’est le seul chemin pour passer des fausses paix vers la paix véritable promise par le Seigneur.

.  Père Jacques Wersinger